Discours à la Nation : que dira Paul Biya ce soir à ses compatriotes ?

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Le président de la République du Cameroun, Son Excellence Monsieur Paul Biya, a enfin décidé de s’adresser à ses compatriotes. D’abord prévu pour samedi 7 septembre selon des sources concordantes, Ce sera finalement ce soir , 10 septembre 2019, à partir de 20 heures, sur les ondes de la radio et de la télévision nationales, selon un communiqué de presse rendu public par le cabinet civil de la présidence de la République.

Des crises à la peau dure

Depuis près de trois ans que dure la crise anglophone, depuis plus de sept ans que la secte islamique Boko Haram sévit dans l’Extrême-Nord du Cameroun, les camerounais attendaient que leur président leur parle.

Paul Biya, dont la parole est extrêmement rare, souhaitait sans doute venir à bout des hydres, et gérer à sa manière le « contentieux post-électoral », pour se présenter en  héros devant son peuple. Malheureusement, ces crises ont eu la peau dure. La rentrée scolaire dans les régions anglophones, il y a tout juste une semaine, est venue confirmer qu’il y a véritablement péril en la demeure. Malgré les appels visant à encourager les parents à envoyer leurs enfants à l’école, les fruits n’ont pas eu la promesse des fleurs.

Le procès du président du MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun), le professeur Maurice Kamto, n’a pas encore commencé. Celui qui continue de revendiquer sa victoire à l’élection présidentielle d’octobre 2018, est incarcéré avec plusieurs dizaines de ses compagnons depuis février 2019 pour une marche de protestation organisée en janvier. Alors qu’il devait s’ouvrir il y a quelques jours, le malaise, en pleine audience d’un des prévenus, Christian Ekoka Penda, président du mouvement Agir et allié de Maurice Kamto, a amené la cour à décider d’un report au 8 octobre.

Cerise sur le gâteau : le séjour mouvementé du couple présidentiel en Suisse, que Paul Biya a dû écourter en raison de la gêne de ses hôtes suite à l’activisme de la BAS (Brigade Anti Sardinard), un mouvement de protestation contre les séjours du président camerounais à l’étranger. Un récent voyage au Japon devait être annulé, la BAS ayant menacé de perturber le séjour de Paul Biya dans la capitale nippone. Il semble donc de plus en plus évident que le chef de l’Etat ne pourra désormais que faire la navette entre le palais de l’Unité, la résidence présidentielle à Yaoundé, et Mvomeka, son village natal, quand on sait qu’il se déplace rarement ailleurs au Cameroun.

Sans compter la pression de plus en plus insoutenable de la communauté internationale qui le presse à agir, dans le sens d’en dialogue national inclusif, sa politique de faire cavalier seul et de jouer les va-t-en-guerre, ayant, à l’évidence, échoué.

En 37 années de pouvoir sans partage, L’ « homme lion » ne s’était pas autant trouvé acculé dans les cordes. En comparaison, les « années de braise » du début des années 90, consécutives à l’ouverture du multipartisme, font figure de promenade de santé.  Il était resté fidèle à son mutisme habituel, confiant la tâche de gérer la crise de bout en bout à son premier ministre, dans un forum restreint de dialogue dénommé « la tripartite », bottant ainsi en touche l’idée d’une conférence nationale souveraine, dont l’onde de choc s’était répandue dans plusieurs Etats africains.

Le président Paul Biya est attendu sur tous les fronts

Les camerounais attendent donc avec impatience la parole du « chef ». Que leur dira Paul Biya ? Il est peu probable qu’il conserve la posture va-t-en-guerre adoptée au lendemain des événements de 2008. Isolé dans sa tanière, le vieux lion, qui a beaucoup consulté ces derniers mois et reçu de nombreuses propositions de sortie des crises, devra faire preuve d’habileté manœuvrière hors pair, et faire appel à sa très longue expérience politique pour éviter, au lendemain de son discours, de voir le pays s’enfoncer davantage dans toutes les incertitudes. Seul contre tous, l’arrogance, qui semble avoir été sa spécialité durant toutes ces années de pouvoir quasi absolu, le fragiliserait davantage. Pour ne pas perdre la face, Paul Barthélemy Biya’a bi Mvondo devra jouer les équilibristes. Il est attendu sur tous les fronts.

Honoré de Sumo

Président du Fordac

Forces Démocratiques pour l’Action et le Changement

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